Premières souffrances

Il aura compté comme personne, ou presque. RP avait le charme et la grâce de l'éphébe prédateur, la démarche féline, le regard vif et envoutant, le sourire ravageur. Toute l'antique noblesse ibérique s'incarnait en lui. "Rodrigue, as-tu du coeur?" demandait Corneille; celui-ci avait un corps mais mauvais esprit.C'était il y a si longtemps... De nos bruyantes incartades scolaires, du collège jusqu'à la vie professionnelle, puis la maturité, nous nous sommes peu éloignés. Notre communion était pleine, elle était complicité totale. Nous avions besoin l'un de l'autre, même si, seul, j'étais amoureux. Son machisme atavique m'a torturé pendant toutes mes années d'adolescent post-pubère. Il avait l'art de la phrase assassine: "On n'est pas mariés!", mais, d'une oeuillade et d'un sourire il me cueuillait comme un fruit mou. Jouant la glace et le feu, le dégoût et le désir, il faisait de moi son yoyo, volontaire. Je me suis extirpé de ses rets à la force des bras, au prix d'une volonté dont, pendant près de vingt années, j'avais nié l'existence. Mais je n'y serais jamais arrivé sans ma rencontre avec MA, à son corps défendant.











