12 May 2008

Qu'y a-t-il de plus beau à entendre?

J'ai eu des jours heureux à ses côtés, il a eut des hauts et des bas, à cause de moi. Ce garçon, d'origine méditerrannéenne, a bravé, pendant toutes ces longues années, les basses insinuations et les quolibets douteux de ses proches, de ses amis et, comble de l'ignominie, de certaine de mes amies. Bien que j'ai tenté d'éviter ces manifestations de bêtise crasse, je n'ai pû les empécher. Il n'a jamais exposé son amertume, laissant croîre qu'il assumait sans trouble.
Au delà de cette preuve d'attachement, il m'a offert, par deux fois, les plus belles phrases qu'il m'ait été donné d'entendre. Au cours de la première année après notre rencontre, alors que nous discutions de l'une de ces avanies proférée par l'individu qui nous avait présentés, j'ai, m'englobant dans cette affirmation, asséné: "Tous ces pédés sont des cons jaloux! je sais de quoi je parle...". Contre toute attente, la réponse de MA m'a saisi au plexus solaire comme un coup de poing, me laissant hors d'haleine, muscles tétanisés: "Oui, mais toi t'es pas un pédé.". Quelques années plus tard, organisant un réveillon de jour de l'an autour d'un orchestre de jazz, j'invitais MA, sa compagne et un couple d'amis. Nous avions une table ronde dominant la salle et étions dans la ligne de mire des autres clients. A l'heure des congratulations d'usage, j'ai été surpris que MA, alors qu'il était assis juste à ma gauche, se lève et commence les embrassades à l'opposé. Revenant à moi, MA me sert dans ses bras et me murmure à l'oreille: "Tu sais, je t'aime, toi, je t'aime.". Il avait pû me le dire parce que nos trois convives était encore occupés, en face de nous. Plus le temps passe, plus il me semble qu'il y avait là calcul de sa part; sans doute essais-je de m'en persuader. Dix sept ans plus tard, j'entends encore distinctement sa voix, ses mots, je sens son souffle sur mon oreille, la pression de ses bras, la chaleur de son torse sur mon torse.
Sait-il que tous ses péchés lui seront pardonnés pour ces simples mots.
(Pour moi, à l'encontre de Monsieur Lalanne, la première fois que l'on m'a dit "je t'aime", c'est un hétéro qui me l'a dit.)
Posted by Etcheo Mo at 20:03:04 | Permanent Link | Comments (1) |

Obsession permanente

J'ai lutté pour ne pas débuter ce blog par lui, pour ne pas lui consacrer tous ces articles. Il est, toujours aujourd'hui, l'objet de tous mes attendrissements, mes nostalgies, mes seuls regrets, et, sans aucune raison, mon grand espoir. J'avais cru, avant lui, être amoureux fou; ce que je pouvais me tromper! J'ai compris, tout de suite après lui, que plus jamais je ne connaîtrais ce sentiment. Devant tous ses successeurs, l'ombre de MA a plané sans hésiter. Tous sont passés au crible de la comparaison, aucun n'avait l'espoir d'une critique constructive; mon jugement, bien évidement subjectif, était faussé.
Pendant douze années, j'ai vécu ce que peut vivre un addict aux drogues dures. Chaque instant d'absence crée un besoin, sa présence génére la libération d'effluves du bonheur. Le sevrage, depuis quinze ans, n'est pas arrivé à terme.
Il n'y aura pas de bonne photo de lui, surtout pas de nu. Je garde, pour moi, jalousement, même son image.
Posted by Etcheo Mo at 16:27:21 | Permanent Link | Comments (0) |

08 May 2008

Premières souffrances

Il aura compté comme personne, ou presque. RP avait le charme et la grâce de l'éphébe prédateur, la démarche féline, le regard vif et envoutant, le sourire ravageur. Toute l'antique noblesse ibérique s'incarnait en lui. "Rodrigue, as-tu du coeur?" demandait Corneille; celui-ci avait un corps mais mauvais esprit.
C'était il y a si longtemps... De nos bruyantes incartades scolaires, du collège jusqu'à la vie professionnelle, puis la maturité, nous nous sommes peu éloignés. Notre communion était pleine, elle était complicité totale. Nous avions besoin l'un de l'autre, même si, seul, j'étais amoureux. Son machisme atavique m'a torturé pendant toutes mes années d'adolescent post-pubère. Il avait l'art de la phrase assassine: "On n'est pas mariés!", mais, d'une oeuillade et d'un sourire il me cueuillait comme un fruit mou. Jouant la glace et le feu, le dégoût et le désir, il faisait de moi son yoyo, volontaire. Je me suis extirpé de ses rets à la force des bras, au prix d'une volonté dont, pendant près de vingt années, j'avais nié l'existence. Mais je n'y serais jamais arrivé sans ma rencontre avec MA, à son corps défendant.
Posted by Etcheo Mo at 02:31:05 | Permanent Link | Comments (1) |